La promotion du français en Allemagne (1997-2001)

La Rhénanie-du-Nord-Westphalie

La promotion du français en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (1997-2001)

Les aspects transversaux de l’action de l’ Attaché de coopération pour le français en Rhénanie du Nord-Westphalie

Note par Alexandre PAJON, 16 octobre 2000.

La lettre de mission de l’Ambassadeur, complétée par les notes et des T.D. émanant du Service culturel de l’Ambassade de France à Bonn, a servi de fondement à la définition de notre action comme Attaché linguistique puis Attaché de coopération pour le français à Düsseldorf depuis 1997. La confrontation entre la définition initiale de la mission et ce qu’elle est devenue concrètement nous paraît susceptible d’alimenter la réflexion entamée lors de la réunion de la Direction Générale à la Coopération Internationale et au Développement du Ministère des Affaires étrangères (D.G.C.I.D). de juillet 2000.
Nous reprendrons l’axe retenu alors : le français en tant que composante transversale de notre action de coopération.

François Scheer, un grand ambassadeur

Dans la lettre de mission du 18 décembre 1997, signée par M. François Scheer, la volonté de voir appliquée la réforme des Centres de coopération culturelle et linguistique (C.C.C.L) et donc l’implication de l’Attaché linguistique dans les différents registres de l’activité de son établissement de rattachement était très clairement affirmée (projet de l’établissement, programmation). Pour ce qui relevait plus directement de la définition du métier d’attaché linguistique étaient soulignées : les fonctions de veille, de pilotage, de coordination et d’initiation de projets de coopération linguistique et éducative. A Dusseldorf s’ajoutait une fonction fédérale : l’action de „pilotage de la coopération [menée] dans l’enseignement bilingue franco-allemand“.

Il est à noter que le service culturel, encore à Bonn, était dirigé alors par Henri Reynaud, avec Jean-Jacques Victor et Stanley Hilton. Puis suivirent un ambassadeur étonnant Claude Martin avec un COCAC universitaire socialiste Jacques-Pierre Gougeon.

1. PAS DE COOPÉRATION POUR LE FRANÇAIS SANS DIMENSION CULTURELLE

La promotion du français comme langue de culture concerne autant un directeur qu’un directeur adjoint d’institut français. Chaque projet entrepris par l’Attaché de Düsseldorf, qu’il soit culturel ou linguistique, tend à servir les intérêts du C.C.C.L. dans tous les domaines, que ce soient ceux de la promotion du français en milieu scolaire, de la diffusion d’une image moderne de la France et de notre culture, de l´amélioration de notre visibilité médiatique ou encore la recherche de nouveaux partenaires et d´un public plus diversifié. Et inversement le bon fonctionnement en tandem de la direction permet de faire profiter la coopération scolaire et éducative de choix a priori purement culturels. Ce mode de fonctionnement a été fructueux depuis 1997.

Prenons un exemple d’initiative „linguistique“ à retombées culturelles :
Le souci de l’innovation s’impose pour créer des réseaux de coopération franco-allemande. Dans cet optique, l´A.C.F de Düsseldorf a créé le site internet biling.de assurant la promotion de l´enseignement bilingue franco-allemand -à terme aussi franco-polonais- et l´information des participants, enseignants, élèves et parents, sur l´actualité des programmes de coopération et la liste des établissements. Il permet également de répondre aux besoins des enseignants en proposant des aides pédagogiques et de la documentation ( Cahiers de littérature française, bibliographie et documents de sciences humaines - Histoire, Géographie, Économie et Sciences Politiques - etc....). D’une certaine façon, nous visons la création de salles des professeurs virtuelles.

La promotion de la littérature française contemporaine accompagne les Cahiers de Littérature. La programmation des invitations d’auteurs en NRW, -à l’Institut comme hors les murs-, et ces fiches se conjuguent (Daeninckx, Holder). Ce site permet enfin, de maintenir le contact avec les professeurs de français, relais décisifs de notre influence, de manière à renouveler l´approche qu’ils ont de notre langue et de notre culture. Fréquenté, en moyenne par cinq mille usagers par mois, il ne concerne donc pas qu’une poignée d’enseignants. Les pages littéraires sont très consultées, les courriers émanant du monde entier en témoignent.
Le Printemps des Poètes a en 2000 permis de conjuguer ces différents aspects de notre action (cf. note du 7/09/2000/ Voir [->article97). Les rencontres entre artistes français et allemands, la coopération avec des institutions allemandes, l’action linguistique, tout fut réuni pendant un mois et demi.

2. UNE ACTION POLITIQUE MENÉE CONJOINTEMENT AVEC LES DIFFÉRENTS SERVICES FRANÇAIS

La volonté d’échapper à „une approche techniciste voire pédagogique“ de l’action culturelle extérieure fut, jusqu’en 1999, régulièrement rappelée lors de différentes réunions du Service culturel. Selon cette perspective, nous devons être en relation avec les responsables du système éducatif allemand, concevoir davantage notre action de façon politique. De ce fait la collaboration avec les Consulats généraux, partenaires obligés et crédibles de toute action en direction des responsables politiques, s’est intensifiée. Cette action doit aussi prendre en compte les décideurs économiques locaux, importants relais vis-à-vis de l’opinion, responsables d’entreprises françaises ou allemandes (Club des Affaires de Düsseldorf, Chambres de Commerce et d’Industrie allemandes -IHK-), le conseil du Poste d’Expansion Économique de Cologne, tous sont très précieux.
De plus, la concertation entre tous les acteurs mise en place en 1998, à l’occasion des opérations de promotion du français (Allons en France 98), consolidée par l’action de diffusion de la brochure „Le français et l’allemand, des clefs pour l’avenir“ en 1999, puis par l’arrivée d’un nouveau Consul Général soucieux d’assurer la synergie des services français en NRW, est devenue naturelle.
L’action de coopération pour le français permet de coordonner à l’échelle régionale les différents instituts français ou centres franco-allemands. L’Attaché peut intervenir comme conseil dans la définition de l’offre de cours, de certifications, dans la programmation en direction d’un public plus jeune (ex. livre de jeunesse, films, théâtre, chanson), et l’élaboration d’une action conjointe dans le cadre de projets de plus grande envergure.
Non seulement ni le Consulat général, ni le P.E.E., ni la Sopexa n’ignorent notre action mais de surcroît ils peuvent y prendre part. De notre côté nous tirons profit des renseignements et des contacts qu’ils nous fournissent pour mieux asseoir notre action présentant le français comme une clé pour l’emploi (préparation de la venue du PEE à Bochum pour l’Infobörse en janvier 2001).
Dans un pays développé comme l’Allemagne, l’Attaché de coopération pour le français n’a donc pas à se substituer aux formateurs locaux, il n’a plus à se faire concepteur-fournisseur de matériels pédagogiques. Il est moins un conseiller pédagogique qu’un agent au service de la coopération bilatérale, voire trilatérale (relations et projets avec les sections bilingues polonaises, coopération avec l’Institut polonais de Dusseldorf). Une section du site Internet des sections bilingues va être consacrée aux lycées polonais, une formation trilatérale est prévue pour les maîtres du bilingue à Cologne au printemps 2001, des rencontres entre jeunes se développent à Dusseldorf et Bochum. La préparation de la journée d’ouverture de l’Année européenne des langues nous conduit à intervenir avec des représentants de tous les pays d’Europe. Déjà nous travaillons régulièrement avec les représentants de l’Espagne et de l’Italie. Les opérations „Francophonie“ nous ont permis de nouer des liens avec les représentations de la Suisse, du Canada, du Maroc, de la Tunisie et de la Belgique.

Le bibliobus en 2018

3. L’ACTION EN FAVEUR DU LIVRE ET DES ARTS

Cette action s’est traduite par le soutien aux différentes facettes des semaines du livre de jeunesse français à Cologne en mars 1999 (10.000 DM de soutien logistique). L’Institut français de cette ville a pu bénéficier des retombées d’une action pour les jeunes et les scolaires mais aussi perçue par un plus large public.
Des bibliothèques ambulantes au nombre de quinze circulent dans les établissements scolaires depuis cinq ans, gérées par le CCCL Dusseldorf.
L’A.C.F a pris en charge le pilotage de la politique visant à faire de la bibliothèque et du bibliobus de Düsseldorf un outil de diffusion efficace du livre et des créations françaises. Il s’est agi d’analyser collectivement les besoins, puis d’assurer la formation des agents recrutés sur place et de réunir les conditions matérielles d’une informatisation réussie (obtention de plusieurs crédits FICRE, calendrier, coordination, obtention d’un lot de quinze ordinateurs offerts par une grande entreprise). L´informatisation du fond de livres et de médias - vidéocassettes, C.D. et CD-Rom - de notre bibliothèque a représenté en 2000 un outil efficace pour améliorer notre offre et mieux satisfaire la demande croissante. En effet, les chiffres de fréquentation sont en augmentation continuelle.
Par ailleurs, nous travaillons à la mise en ligne sur le net de notre bibliothèque de manière à multiplier les sources de contact avec les établissements éducatifs du Land et de diffuser plus largement notre patrimoine littéraire (janvier 2001). Le public visé est aussi bien celui des scolaires, des étudiants que des salariés et des inactifs.
Les manifestations musicales et théâtrales, les expositions financées par le „linguistique“ pour ne pas être très nombreuses peuvent cependant être significatives (expositions Spleen de Paris, Catastrophes I et II, cahiers „Strips“, concerts de musique hip-hop ou africaines). La diffusion des CD de générations française s’inscrit parfaitement à la lisière de tous les champs d’intervention.

Page d’accueil du site Internet

4. L’ACTION COMMUNE POUR LE RENOUVELLEMENT DE L’IMAGE DE LA CULTURE FRANÇAISE

Le lancement de l’action de promotion „Allons en France 98“ a donné l’occasion d’intervenir sur un terrain jusque-là peu fréquenté par l’Institut. Le français et la représentation de notre culture ont été portés par un événement aux retombées mondiales.
L’action en faveur d’une nouvelle image de notre langue et de notre pays a été menée conjointement par tous les membres de l’Institut. Le concours scolaire, la semaine de la francophonie, la fête de l’Internet tout devait aboutir à un même effet.

Présentation du concours "Allons en France" 1998
Le résultat du concours "Allons en France"

Le travail de communication est devenu un souci permanent de notre action. Les conférences de presse, les campagnes de publicité sont systématiquement organisées parallèlement aux manifestations. Nous pourrions aussi citer l´utilisation des panneaux digitalisés Infoscreen des métros de Düsseldorf, Bonn, Cologne, Franfort, Berlin, Munich, Hambourg, Essen à des fins publicitaires pour accompagner la diffusion de la brochure de promotion des langues partenaires, pour annoncer le Forum franco-allemand de Metz en 1999 ou pendant le Printemps des Poètes de 2000.
Nous n’abandonnons pas l´affichage papier sur les murs de la ville pour annoncer certaines manifestations culturelles, mais il est ciblé.
Ce type d’action est élaboré avec des professionnels, des publicitaires qui nous font profiter de leur savoir-faire.
Même quand nous publions un recueil de statistiques sur la situation des langues partenaires (travail de Franck Günther édité par l’IF-Dusseldorf en mars 2000), nous nous situons dans une démarche qui substitue la volonté de convaincre à la traditionnelle déploration fataliste.

La programmation de l’Institut, aussi bien culturelle que linguistique est établie en fonction de ces paramètres de visibilité.

5. L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS

Sur le terrain de l’enseignement, l’Attaché de coopération peut aussi avoir une action transversale. Au sein de son Institut de rattachement, l’Attaché intervient sur la définition de la politique des cours, le recrutement des professeurs ; à Dusseldorf, il a fait mener une étude de marché et veille à la qualité des enseignements, de l’accueil et aux certifications. Il peut coordonner cela pour les autres instituts, de manière poussée notamment avec Bonn et Aix-la-Chapelle.

La simplification de l´offre de cours, un démarchage plus systématique auprès des entreprises de la ville et l´évaluation et le suivi plus sérieux de nos étudiants, l’engagement des agents ont permis d´augmenter de 20% nos recettes sur l’année 1999. L’offre en certification du C.C.C.L n’est pas indépendante de l’action menée en faveur de l’intégration de ces certifications dans le système éducatif régional. Le DELF scolaire en est un exemple abouti (voir la note d’août 2000). Lancé en 1997, ce projet est en passe d’assurer un renouveau de l’intérêt pour le français dans les établissements secondaires. Le recours à une certification extérieure devient un moyen d’attester la qualité de l’enseignement secondaire, de mieux valider les compétences des élèves au-delà du bulletin trimestriel et donc aussi de les motiver. Là encore les différents établissements français travaillent ensemble. Le Lycée français de Düsseldorf a été dès le début de notre activité et nous lui avons offert plusieurs notre aide (livres, formation des enseignants aux principes de l’Abibac, participation aux Portes ouvertes).

CONCLUSION :

Les objectifs fixés par la lettre de mission ont été en grande partie atteints en NRW. Avec les années, le rôle de coordination et de pilotage de l’Attaché de coopération pour le français au sein du C.C.C.L et avec les autres centres français du Land a été accepté. Par les notes de synthèses sur la politique locale qu’il élabore pour le service et ses collègues, par les réunions et les visites régulières qu’il organise avec eux, il est devenu une personne-ressource. Il intervient de manière transversale et régionale aux côtés de ses collègues directeurs. Il est un intermédiaire avec les instances françaises, un partenaire pour élaborer des projets de coopération. Les sections bilingues, du DELF, l’Année européenne des langues ne sont que trois exemples de ces secteurs d’intervention. Le rôle de pilotage pour les sections bilingues permet aussi de maintenir un contact régulier avec les autres collègues quand sont organisées des missions dans leurs Länder.

Deux dimensions n’étaient pas signalées dans la lettre de mission qui ont pris une grande importance : le rôle des échanges électroniques pour coordonner notre travail à l’échelle fédérale autant que pour nous soulager de certaines tâches d’information sur les études, les reconnaissance de diplômes. Le CIDU change notre travail tout comme le site des sections bilingues. Nous n’avons pas encore fait le tour de tous les gains générés par Internet (courriers et sites).
L’autre dimension est proche : c’est celle de la communication, notre travail est de plus en plus un travail de communication avec la presse, les parents, les administratifs. Gestion de l’information en interne et en externe, capacité à élaborer une politique de communication et de l’image exigent des compétences spécifiques.

Cette analyse est partielle, mais elle veut témoigner que le métier d’Attaché de coopération pour le français a un sens. Complexe et passionnant, il peut être présenté comme un des exemples de la professionnalisation des métiers de l’action culturelle à l’étranger. Il suppose une bonne compréhension des instances scolaires et universitaires du pays d’origine et d’accueil, une capacité à déterminer les mouvements de fond qui agitent les systèmes éducatifs pour assurer la meilleure adéquation entre nos objectifs et ces derniers. Travail de terrain, il impose aussi l’intervention sur l’image. C’est un travail de communication, de persuasion où la crédibilité passe autant par les compétences techniques que par la capacité à s’entourer des bons techniciens. Les Ministres de NRW et maintenant de Sarre reçoivent aussi de notre part des informations sur l’actualité éducative et scolaire française, tous comme régulièrement des parlementaires. Il s’agit de traduire des textes officiels français non disponibles (par exemple les conclusions des rencontres de Lyon mises en place par M.M érieu en 1998, discours de Jack Lang de juin 2000, ou des articles de presse). Spontanément ces responsables peuvent ensuite nous poser des questions.
Enfin le travail d’Attaché de coopération pour le français est un travail d’équipe. Seul, un Attaché ne peut rien, il doit entraîner à la fois les autres agents français et ses partenaires. A ce titre son insertion comme directeur adjoint d’un C.C.C.L. et la reconnaissance afférente sont nécessaires à un bon travail. La vocation transversale de ce métier passe par l’inscription au sein d’un réseau, par la poursuite d’une politique commune à l’échelle d’un Etat fédéral. Les échanges permanents par courrier électronique entre Attachés et directeurs facilitent ce travail collectif. Les réunions plus spécifiques réservées à des Attachés de coopération pour le français, quand elles sont assez régulièrement organisées, peuvent aussi faire jouer des synergies. L’action de coopération éducative, scolaire, linguistique et éventuellement universitaire ne peut s’affirmer de manière pertinente que menée de manière cohérente avec tous les autres aspects de notre politique culturelle.
Le dispositif fédéral qui encadrait l’action de l’Attaché de coopération pour le français jusqu’en 1999 consistait en une réunion annuelle d’orientation culturelle et linguistique transformée, en Allemagne, en réunion de programmation ou d’orientation. Présidée par l’Ambassadeur en présence des directeurs, directeurs-adjoints, attachés de coopération universitaires et de coopération pour le français et responsables des bureaux spécialisés, cette réunion jouait ainsi un rôle central dans la communication interne et l’élaboration de nos actions. De la même façon les réunions de la D.G.C.I.D. en juillet paraissent aussi essentielles dans la réflexion collective, dans la prise en compte de nouvelles logiques, dans l’appréciation des mutations de notre politique et des priorités de notre action. En 1999 et en 2000, à Paris, lors de cette „université d’été“, la qualité des intervenants, le caractère intense des échanges ont permis de réellement faire avancer la réflexion sur notre rôle et nos modes de travail.