La commission franco-allemande des manuels scolaires

- Les recommandations (APHG)
J’avais participé aux échanges financés par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse en 1972 et 1973, j’avais rejoint le lycée franco-allemand de Buc en 1988 et m’étais investi dans les activités de la Commission Europe de l’APHG à compter de 1989. Je fus donc naturellement appelé à participer aux activités de la Commission franco-allemande des manuels scolaires à compter de 1991. Jean-Claude Allain la dirigeait du côté français et Rainer Riemenschneider du côté allemand.
Ce fut une nouvelle et exigeante école de coopération intellectuelle.
Je résumais mon analyse dans une communication pour le colloque organisé en 2009 par Georges Prévélakis : « L’Entente balkanique. Une nouvelle perspective pour le Sud-Est européen ? », (les 28-29 mai 2009 – Institut Français d’Athènes). Le premier numéro d’Anatoli reprit la thématique du colloque.

- Les Actes du Colloque d’Athènes 2009
EXTRAITS :
« La réflexion sur les « forces profondes » à l’œuvre dans les relations internationales, chère à Pierre Renouvin, ne fut pas moins importante pour le professeur Jean-Claude Allain, qui a grandement servi la cause de la réconciliation franco-allemande et auquel l’auteur doit d’avoir pu participer aux travaux de la commission franco-allemande des manuels scolaires de 1991 à 2002. Les théoriciens des relations internationales comme les politiques sont confrontés à ces phénomènes qui, selon les écoles, peuvent être aussi bien classés dans la psychologie collective que dans les cultures nationales. L’antagonisme franco-allemand a été dépassé au prix d’un travail de réconciliation sans précédent et il paraît bien que le travail sur la mémoire et l’histoire communes a servi à ce rapprochement. Une même conviction préside à l’ensemble de cette démarche : l’enseignement de l’histoire est essentiel dans la construction des représentations que sont les peuples d’eux-mêmes et des autres. La question se pose de savoir si cet aspect du cheminement franco-allemand peut servir d’exemple aux nations balkaniques en quête d’une nouvelle entente. Les informations réunies ici pourront fournir quelques éléments de réponse.

- Pause café, réunion de la commission à Sarrebruck : AP. Nicole Piétri, Hubert Tison, NN, Laurent Petit, M. Graille, Odette Lacueva.
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Après la création de la République fédérale d’Allemagne, quatorze rencontres d’historiens français et allemands eurent lieu entre 1950 et 1967 ; on n’y traita pas spécifiquement des manuels mais on put en 1951 reprendre et amender les propositions de 1935 et, en 1965, confronter à un haut niveau scientifique les thèses respectives sur les buts de la Grande Guerre et ses origines, soit, notons-le, cinquante ans après son déclenchement. En 1967, une pause fut décidée qui dura jusqu’en 1981, lorsque le Georg Eckert Institut invita l’A.P.H.G à renouer ce dialogue, en le centrant sur l’étude des manuels, qui constituait la mission du Georg Eckert Institut. Cette coopération académique, sans instruction officielle des États ou des Länder, porta sur l’évaluation comparée des représentations des deux pays dans les manuels traitant de la période 1870 – années 1960 et couvrant donc les phases conflictuelles majeures. Il en résulta un recueil de « Recommandations », dont l’édition bilingue fut solennellement rendue publique à Bonn, le 8 novembre 1989, et à Paris, le 22 mai 1990. Ce travail en commun aurait pu rester sans écho officiel mais son opportunité au regard de la politique générale franco-allemande lui permit de recevoir une consécration officielle au Wissenschaftzentrum, à Bonn et dans les salons du rectorat de l’Académie de Paris.
Après une session spéciale consacrée en 1989 à la narration de la Révolution française – commémoration du Bicentenaire oblige ! -, la coopération entre le GEI et l’A.P.H.G s’est poursuivie d’abord sur le thème de l’industrialisation, de la désindustrialisation et de la reconversion industrielle aux XIXe et XXe siècles, ce qui combinait la contribution des historiens et des géographes, puis sur la présentation de la construction européenne dans les manuels parus depuis 1949, une enquête qui s’est achevée en 2002.
Dans l’ordre pratique du fonctionnement de la Commission, il convient de mentionner quelques caractéristiques.
1. La Commission réunit toujours deux catégories d’enseignants : des professeurs de lycées ou de collèges, qui ont une expérience concrète des manuels, et des professeurs d’universités, spécialisés dans l’histoire d’un ou des deux pays ou dans celle des relations internationales, et qui peuvent faire état de la progression de la recherche sur le thème traité par la commission.
Notons que la permanence, au fil des sessions, dans chaque délégation de quelques membres a assuré la continuité des travaux dans un même esprit et, nuance qualitative non négligeable, favorisé leur déroulement par la connaissance mutuelle qu’ils avaient de leurs personnalités.
2. La méthode suivie comporte quatre étapes :
- a / la délimitation du thème, éventuellement l’établissement d’une grille de lecture, et le choix des manuels à étudier qui, publiés par des éditeurs privés, sont multiples tant en France qu’en Allemagne ;
- b/ l’audition des rapports préparés par les Allemands sur les manuels français et par les Français sur les manuels allemands, cette lecture croisée est tenue pour essentielle ;
- c/ la discussion sur les convergences, les divergences, les lacunes relevées dans les manuels et sur les points d’histoire délicats à formuler ;
- d/ la rédaction en commun, à partir des observations précédentes, souvent débattues ensuite, avant leur adoption définitive, au sein de chaque délégation, des « Recommandations », rédigées dans les deux langues.
Comme nul n’était employé à plein temps pour ce travail, il fallait compter trois ou quatre ans pour mener à bien une enquête.
3. La Commission qui n’a plus trouvé de stéréotypes nationaux dans la rédaction des manuels, évalue non seulement le récit historique mais aussi les documents, cartes et illustrations qui l’accompagnent, et, éventuellement, la pertinence des questions posées à l’élève. Elle souhaite une continuité historique pour une meilleure compréhension du présent des deux pays, ce que ne permettent pas toujours les programmes d’enseignement nationaux (France), régionaux (Allemagne). Elle estime utile la mention d’un petit nombre de personnalités nationales qui ont marqué leur période ainsi que l’explication de concepts inhérents à chaque culture et donc étrangers à l’environnement des élèves de l’autre culture (ex. : la laïcité française, l’organisation fédérale allemande).
4. Les « Recommandations », comme leur nom l’indique, ne prétendent pas être des directives mais des souhaits d’aménagement pédagogique que, du point de vue scientifique, la Commission formule à l’attention des auteurs de manuels, des directeurs de collections et des éditeurs pour leurs rééditions ou nouvelles éditions. Ils sont ainsi les destinataires de cette « information » tout comme les autorités administratives qui gèrent l’enseignement de l’histoire et, dans le cadre franco-allemand, les instances appropriées de la Grande Commission franco-allemande.

- Article A. PAJON : "La coopération franco-allemande en matière de manuels scolaires d’histoire : un exemple pour les Balkans ? "

- Pause café, L. Petit, M. Graille, O. Lacueva, Jean Peyrot et M. Jardin, Sarrebruck 1993.

- Die Empfehlungen (GEI)
