De l’estampe au multiple

De l’estampe au multiple (2012)
En arrivant à Tanger, je découvris un outil d’action culturel incomparable, la Galerie Delacroix, créée en 1986, elle dépend de l’Institut français mais elle a gagné sa propre notoriété et elle était, en 2011, la galerie d’art professionnelle la plus importante du Nord du Maroc. Ensuite furent inaugurés des musées d’art contemporain à Tétouan (2014) et à Tanger (2022), mais elle garde une place à part qui fait l’objet d’un autre article.
Dans ses réserves sont stockées des collections d’œuvres données par des artistes à la suite de leurs résidences ou d’expositions, notamment de nombreuses gravures. Afin de nourrir la programmation ambitieuse de l’Institut français du Maroc pour l’année 2012, je proposais de coordonner une exposition itinérante consacrée à l’art de l’estampe tel que notre collection pouvait l’illustrer. En voici la trace.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Saison culturelle France-Maroc
De l’estampe au multiple
Exposition collective
Commissariat : MM. Abdelkrim Ouazzani, directeur de l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan, et Mickaël Faure, directeur et l’Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira et référent arts visuels de l’Institut français du Maroc.
Inauguration le 29 juin 2012 à la galerie Delacroix de l’Institut français de Tanger.
Itinérance au sein du réseau culturel français au Maroc (Instituts français et Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira) de septembre 2012 à juin 2013.
L’Institut français du Maroc présente sur tout le territoire du Royaume l’exposition De l’estampe au multiple. Cette exposition propose une sélection des meilleures estampes produites lors des résidences d’artistes de l’Institut français de Tétouan et de pièces réalisées dans le cadre de commandes et d’expositions de la Galerie Delacroix à Tanger. Elle témoigne d’un dialogue ininterrompu entre graveurs des deux rives de la Méditerranée, et au-delà.
Parallèlement, elle invite aussi le visiteur à s’intéresser à la thématique du « reproductible ». L’estampe, partant de la tradition ancestrale de la gravure, sort en effet du champ de la « pièce unique » pour aller vers des œuvres à plus large diffusion, voire accessibles à tous, sous forme de « multiples » aux caractéristiques techniques et à l’expression spécifiques : lithographie, eau-forte, aquatinte, linogravure, burin, etc. L’exposition articule un ensemble d’environ soixante œuvres, réalisées depuis le début des années 2000 par des artistes principalement marocains et français, et plusieurs peintures et sculptures qui viendront illustrer, voire questionner, en tant qu’œuvres uniques, cette thématique de l’un et du multiple.
Inaugurée le 29 juin 2012 à la Galerie Delacroix de l’Institut français de Tanger, puis présentée successivement de septembre 2012 à juin 2013 dans neuf établissements du réseau culturel français au Maroc (huit Instituts français et l’Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira), De l’estampe au multiple offre la possibilité de découvrir ou de revoir un choix d’œuvres de Saâd Ben Cheffaj, Christiane Vielle, El Houssaïne Mimouni, Bouchaïb Maoual, Mustapha Yesfi, Terry Connor, Abdel Bassit Ben Dahman, Tibari Kantour, Bouchaïb Habbouli et d’autres.
Cette exposition est produite par l’Institut français du Maroc dans le cadre de la saison culturelle France-Maroc ; son commissariat est assuré par MM. Abdelkrim Ouazzani, directeur de l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan, et Mickaël Faure, directeur et l’Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira et référent arts visuels de l’Institut français du Maroc.
A l’occasion de cette exposition, la Galerie Delacroix de l’Institut français de Tanger édite un catalogue des œuvres de l’exposition, assorti d’une sélection de textes et d’entretiens menés avec les artistes invités en résidence de production.


Introduction :
L’Institut français du Maroc a le plaisir de vous présenter l’exposition De l’estampe au multiple. Cette manifestation met en lumière une dynamique à l’œuvre depuis plus d’une décennie au sein du réseau culturel français au Maroc : la politique de résidences d’artistes de l’Institut français de Tétouan, associée au travail de soutien et de promotion des créateurs mené par la Galerie Delacroix de l’Institut français de Tanger. Ces démarches, dont la qualité et la pertinence sont reconnus par tous – artistes, professionnels, publics et amateurs marocains, français et internationaux – témoignent du dialogue ininterrompu qui s’est noué entre graveurs des deux rives de la Méditerranée.
De l’estampe au multiple : nous dévoilons ici un travail de production et de partenariat artistique exemplaire des liens artistiques et culturels entre la France et le Maroc. Inaugurée à Tanger, l’exposition se clôt, à l’issue d’une itinérance de près d’une année à travers les établissements culturels français au Maroc, à Tétouan. Cette circulation vient aussi illustrer la complémentarité et la complicité des deux établissements et lieux – Instituts français de Tanger et Tétouan – dans le travail de production et de présentation réalisé avec et au profit des créateurs.
Nous remercions pour ce projet tous les artistes présentés dans l’exposition, mais aussi l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan et l’Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira et leurs directeurs respectifs, commissaires de l’exposition, Messieurs Abdelkrim Ouazzani et Mickaël Faure.
La sélection d’estampes que vous allez découvrir dans les pages qui suivent est présentée dans le cadre de la Saison culturelle France-Maroc, qui propose en 2012 plus de soixante manifestations à travers le Royaume. Cette exposition est un temps fort de la Saison, elle est en tournée dans dix villes, accompagnée par nos partenaires institutionnels culturels et éducatifs locaux.
Bertrand Commelin
Directeur général de l’Institut français du Maroc

29 artistes, X formes
De l’estampe – et ses techniques désormais historiques : burin, pointe sèche, eau-forte, aquatinte, monotype, linogravure…, toutes représentées dans l’exposition que nous dévoilons ici, temps fort de la Saison culturelle France-Maroc 2012-2013 – au multiple et à ses prolongements technologiques les plus récents : l’œuvre d’art, y compris reproductible, n’a de cesse, librement, de faire surgir les outils et formes les plus conformes, temporellement, contextuellement et créativement, à l’expression de chaque individualité artistique.
« Quand j’ai découvert que je pouvais faire mon papier moi-même, c’était une grande solution. (…) Au commencement, c’était pour en faire un support pour les gravures. Mais en travaillant la matière, j’ai découvert que le papier, au lieu d’être un support de l’œuvre d’art, pouvait être l’œuvre d’art elle-même », décrit Tibari Kantour, dont l’exceptionnel jaillissement des feuilles, vivantes et somptueuses, révèle ces dimensions spécifiques de l’art et de ses productions multiples, accessibles au plus grand nombre. (A cet égard, l’itinérance de l’exposition De l’estampe au multiple en de nombreux lieux constitue, en soi, une illustration des capacités de diffusion plurielle offertes par l’estampe). Et sous la main de l’artiste, à la fois auteur et médium, la technique et le langage se fondent, se trament l’un l’autre : l’estampe n’est plus moyen, elle est l’idée imagée, expression et représentation de l’univers de l’artiste, sa manifestation mentale et plastique.
Aussi, par-delà l’apparente dichotomie œuvre unique / édition, De l’estampe au multiple nous dit : à chaque outil, une forme. A chaque forme, un univers et un temps artistiques. Ou inversement. Ou tout ensemble.
Exposition collective, De l’estampe au multiple associe, par définition, singularités et espace commun. Nul doute que le déploiement de cet ensemble, que nous inaugurons à Tanger, dans l’écrin splendide que constitue la galerie Delacroix, soit l’occasion d’un surprenant moment de délectation, grâce au travail accompli par les artistes marocains, français et internationaux, dans le cadre d’une coopération étroite et justement organisée, au fil des années, entre un temps de production à l’atelier de gravure de l’Institut français de Tétouan, et un temps de présentation à l’invitation de l’Institut de Tanger. Le déroulé successif de cette exposition en dix établissements du réseau culturel francais au Maroc – au sein des Instituts et de l’alliance Franco-Marocaine d’Essaouira – donne lieu incidemment, par-delà l’unité du corpus d’oeuvres présenté, à une pluralité d’expositions, tant il est vrai que les conditions d’énonciation, l’esprit des lieux et des villes où ce projet s’inscrit de juin 2012 au printemps 2013 influe sur le format global et la réception de chaque présentation.
« L’énoncé est le produit d’un agencement, toujours collectif, qui met en jeu, en nous et hors de nous, des populations, des multiplicités, des territoires, des devenirs, des affects, des événements. (…) Aussi, la seule unité de l’agencement est de co-fonctionnement », rappelait éloquemment le philosophe Felix Guattari. De Saâd Ben Cheffaj, figure éminente de la scène classique contemporaine marocaine, à El Arroud Rahima, jeune artiste d’origine tangéroise, de Maoual à Renaud Allirand, de Mohamed Mourabiti à Terry Connor, Hassan Echaïr, Bouchaïb Habbouli et d’autres encore (Christianne Veille, Florent Chopin, Younès Rahmoun, Ahmed Hajoubi, Florence Gillet…), De l’estampe au multiple apparaît comme un événement important de ce co-fonctionnement artistique.
Mickaël Faure
Directeur de l’Alliance Franco-Marocaine d’Essaouira


