art/code/21_ siecle

Couverture du catalogue "art/code/21_ siecle"

Amina Benbouchta – Daniel Buren – Pierre Gangloff pour art/code/21_ siecle (2012),

Pour mon premier salon en tant que commissaire à Tanger, le choix de la thématique du numérique impliquait de concevoir une exposition qui serait liée. Je confiais à un habitué de Tanger, à un connaisseur des scènes artistiques française et marocaine le soin de la concevoir. Bernard Collet développa le projet ci-dessous. Je trouvais le titre. Il y eut une conférence pendant le salon avec les artistes et Mounir Fatmi puis une autre avec le galeriste de Buren, Georges Verney-Carron et Mohamed Rachdi.

Bernard Collet

Note de Bernard Collet (hiver 201-2012)
Institut français de Tanger
Galerie Delacroix
Exposition lors du Salon du Livre de Tanger mai 2012

PROJET
Pour répondre à la proposition de thème du Salon du Livre : « L’impact du numérique sur la création littéraire et artistique, l’édition et la diffusion des œuvres » l’exposition des œuvres d’artistes contemporains travaillant les questions des nouvelles technologies, d’internet et du numérique me semble tout à fait appropriée. En particulier pour des artistes dont la production n’est pas entièrement tournée vers l’utilisation de ces technologies mais qui, sans quitter le domaine de la peinture et des arts plastiques où leur œuvre s’est déjà développée font l’expérience de ce que ces technologies peuvent apporter à leur travail.

Daniel BUREN
Salle principale de la galerie Delacroix :
Choix d’œuvres réalisées en 2007 sur tissu en fibre optique et LED en collaboration avec un fabricant lyonnais de tissus complexes ayant leur application dans la recherche et l’industrie aéronautique. Carrés de 148 cm x 148 cm dont la lumière éclaire l’œuvre de l’intérieur.

D. Buren "Que la lumière soit - travaux situés"
D. Buren "Que la lumière soit - travaux situés"

Amina BENBOUCHTA
Salle du fond Galerie Delacroix :
Artiste maroc aine vivant à Casablanca qui a développé depuis un an un travail photographique dont certaines, tirées sur film transparent Duratrans sont présentées dans des caissons lumineux.
Ses récentes expositions en Résonance avec la Biennale de Lyon, lors de Marrakech Art fair 2011 et ses expositions à venir à Paris et Madrid en mars 2012 lors du Festival « Miradas de mujeres » au Musée Reina Sofia (regards de femmes sur l’art contemporain), sont le témoignage qu’elle est aujourd’hui une des artistes marocaines les plus prometteuses.

B. Collet et Amina Benbouchta
A. Benbouchta "Down in the rabbit hole 3"

Pierre GANGLOFF
Salle latérale de la galerie Delacroix :
Artiste français dont le travail s’oriente depuis plusieurs mois autour de l’image internet Google, en particulier celles concernant le paysage. L’association d’images d’ordinateur Google Maps en caissons lumineux, de peintures acryliques sur papier les reprenant, propose une relecture très contemporaine du paysage, explore ses codes de représentation, montre l’impact contemporain du numérique sur notre perception du monde.

Pierre Gangloff
P. Gangloff, cimaise
P. Gangloff "Les égarés, fin de route"
C. Thorel, M-P Monredon, P. Gangloff, A. Collet, G. Verney-Carron, B. Collet

Introduction du catalogue par Bernard Collet

Alors que le numérique et les nouvelles technologies ouvrent une nouvelle ère dans notre façon d’appréhender le monde, la question peut se poser de leurs influences dans le domaine artistique. Comment créer à l’époque des réseaux ? Comment peindre au 21 ème siècle ? Est-ce que peindre serait aujourd’hui une façon de montrer que l’on ne se satisfait pas de la multitude des représentations du monde que nous propose le numérique et sa puissance de communication ou, au contraire, est-ce adhérer à ces codes nouveaux, ouvrir des espaces esthétiques neufs, réinventer des formes et du langage.
En permettant une diffusion globalisée, gratuite et instantanée des images, le numérique a ouvert un champ de profusion qui a modifié totalement le statut de l’œuvre d’art, dont les caractéristiques jusqu’alors étaient la rareté, l’unique, la valeur marchande. Cet accès rapide devenu possible par internet à l’ensemble du patrimoine culturel mondial a fait passer l’art de cet état de rareté à celui de profusion, et dans le même temps a fait de cette profusion d’images une des composantes essentielles de la culture de notre temps.
Un véritable changement s·est opéré là, entre une époque« moderne » où la tentation artistique était de faire table rase du passé pour les propositions les plus radicales ou tout au moins d’accompagner le progrès, notamment par le biais de matériaux nouveaux et technologiques, de nouvelles formes, de nouveaux concepts, de briser les cadres d’un ordre ancien, d’ouvrir des une époque« postmoderne », celle de notre ultra contemporain, où l’artiste doit faire avec cette profusion et cette saturation d’images, d’informations, de signes.
Nouvel enjeu donc, quand la création consiste à maîtriser, organiser, composer avec la multitude des images et tenter de redonner du sens à ces images préexistantes, à revisiter leurs codes de représentation, à les détourner parfois. L’invention a donc changé de nature et c’est pourquoi elle se concentre aujourd’hui sur les technologies numériques, l’art vidéo ou la photographie, la lumière, l’internet. L’invention consiste alors en un retournement des principes de ces technologies. La photographie par exemple en tant qu’approche du réel, censée être la reproduction exacte d’une forme de réalité s’interroge aujourd’hui sur cette réalité même, sur sa virtualisation, sur cet écart qui s’est créé avec le réel, sur ce retournement opéré entre la photographie argentique et chimique et la photographie numérique passée ainsi des codes de l’image à ceux du langage.
Les trois artistes réunis ici, chacun à leur manière, répondent à ces questionnements. On reconnaît immédiatement « l’outil visuel » de Daniel Buren, constitué de bandes alternées de 8, 7 cm de large et décliné sur de très nombreux supports, vocabulaire artistique infini qui est un véritable révélateur de formes, en particulier dans les très nombreuses interventions sur l’architecture et les espaces publics réalisées par l’artiste. Les œuvres présentées ici, réalisées en 2007, sont tissées avec des fibres optiques de très haute technologie qui s’illuminent lorsque la lumière les parcourt, leur intérêt et leur beauté est indissociable du processus technologique qui permet à l’artiste de se réinventer grâce à la technique tout en conservant un des principes immuables de son travail. C’est bien à une nouvelle expérience visuelle que nous convie Daniel Buren, directement associée à la technologie de pointe d’un matériau novateur, le Lightex, développé à Lyon par Brochier Technologies, expérience qui interroge le lien entre technologie et art.
Il s’agit toujours de questionner la« peinture », comme dans ces photographies montrées en boîtes lumineuses par Pierre Gangloff ou d’Amina Benbouchta.
Pierre Gangloff en développant un travail sur les paysages étrangement déformés que nous proposent les captations d’écran du serveur Google, des paysages de fin de route dans lesquels, même renseignés sur notre position exacte confirmée par les satellites géostationnaires, nous sommes toujours un peu des égarés, images de notre quotidien numérique qu’il recycle, images peintes passées au filtre du scanner où se crée, dans les réminiscences de la peinture, dans sa rémanence visible, une réalité nouvelle et ultra contemporaine.
Amina Benbouchta en mettant en scène au travers de la photographie numérique les objets récurrents et référentiels déjà présents dans son travail de peinture, en donnant à voir son icono­graphie personnelle et mémorielle, ces formes et objets prétextes à peindre que nous reconnaissons alors doublement grâce à l’image photographique car ils nous apparaissent dans leur réalité objective, sans ce décalage inhérent à l’expression picturale, sans cet écart que crée la peinture entre les choses et leur représentation. Ainsi, peindre au 21ème siècle ce serait utiliser cette distance nécessaire avec la peinture. C’est ce ne manquent pas de faire de très nombreux artistes contemporains qui en utilisant les nouvelles technologies et la profusion des images numériques, leur présence envahissante dans le quotidien de nos vies, parviennent à rendre encore plus pertinentes et plus évidentes leurs préoccupations artistiques, sociales ou politiques.
Peindre aujourd’hui c’est toujours tenter la représentation du monde mais au travers de signes neufs, c’est réussir à faire œuvre avec des matériaux esthétiques déjà-là, c’est copier, détourner, recycler des images dont la profusion nous envahit et avec laquelle l’artiste doit créer du sens.

L’actualité de Buren en 2012
B. Collet et G. Verney-Carron
G. Verney-Carron
P. Fournel, A. Benbouchta, M. Benbouchta, B. Collet
Mounir Fatmi, A. Benbouchta, B. Collet, P. Gangloff, AP
Discussion pendant le vernissage