Khalid el Bekay

Couverture du catalogue
Dans le programme de l’IF Tanger
Khalid el Bekay

Khalid el Bekay – Terre (2012)

Tours et détours

Tanger avait accueilli Delacroix en 1832. Le peintre d’histoire, le romantique philhellène découvrit au Maroc la lumière rêvée d’une Italie où il n’avait pas pu aller. En 1860, le peintre catalan Fortuny suivit ses pas après avoir, lui, connut l’émerveillement romain et il y continua l’exploitation de cette veine orientaliste. Fortuny fit même venir en 1871 au Maroc son ami d’enfance Tapira qui décida finalement de s’y installer et il y mourut en 1913.
Ces trois peintres ont fait ce même parcours depuis leur formation classique, marquée par la copie d’antiques gréco-romains ou de maîtres du XVIIe siècle jusqu’aux ruelles des médinas de Tanger et de Tétouan. Ils ont aussi cheminé du dessin à la peinture monumentale en passant par l’aquarelle et la gravure. Par-delà l’empreinte orientaliste, les peintres catalans, -poids de la géopolitique et familiarité native,- n’ont pas cessé d’influencer cette partie du royaume chérifien. Un exercice de prosopographie sur les peintres marocains du XXe comme une histoire de l’école des Beaux-Arts de Tétouan, aujourd’hui Institut national des Beaux-Arts dirigé par Abdelkrim Ouazzani, fonderaient aisément cette affirmation.
Le parcours de Khalid El Bekay boucle, à ce jour, le mouvement. Cet artiste né à Casablanca s’est installé à Barcelone au début des années 90 après avoir étudié à Tétouan. Il poursuivit en Catalogne des études de gravure et l’Institut français de Tanger­-Tétouan l’accueillit même en 1990 et 2010 pour qu’il développe cette pratique. Sa formation a baigné dans un univers dominé par de grands créateurs, tels Antoni Tàpies ou Miquel Barceló. El Bekay travaille la matière avec une technique très personnelle mais marquée par ces modèles. Son univers est méditerranéen, les coloris puissants, la texture âpre.
Aujourd’hui une grande galerie catalane le représente à l’occasion de toutes grandes rencontres internationales du marché de l’art. Venu en Espagne parfaire son art et remonter à la source de ceux qui influencèrent l’école de Tétouan et il y a fait sa place. Dans un environnement marqué par des géants de la création contemporain, Khalid El Bekay illustre avec talent les bienfaits des tours et détours de l’art de part et d’autre de la Méditerranée.
Il revendique ce statut en expliquant à une journaliste "Mon œuvre est un mélange de cultures, occidentale et marocaine. Mes travaux sont le fruit de mon dialogue avec la terre" ; il poursuit donc avec obstination une quête que l’historien peut décrire sans vraiment en révéler l’essence.

« L’homme fut sûrement le vœu le plus fou des ténèbres ; c’est pourquoi nous sommes ténébreux, envieux et fous sous le puissant soleil. »
René Char
Extrait des Feuillets d"Hypnos

A. Pajon
Introduction du catalogue de l’exposition

Lalla Malika El Alaoui, AP, Khalid el Bekay

Textes de présentation du catalogue

"Khalid El Bekay, cet artiste marocain, à la trajectoire intense et brillante, travaille entre son studio de Barcelone et celui de son pays. Il a souhaité exposer à Salou ses œuvres les plus récentes, lesquelles marquent un tournant décisif dans son parcours.
Ceux qui ont encore en mémoire le chromatisme brillant de son étape antérieure, avec ses tasses et ses théières caractéristiques, ou encore les légumes grand format, seront surpris par le changement survenu. Cependant, on ne peut pas vraiment parler de rupture, car les liens avec son travail précédent restent aussi solides que cohérents. En effet, la nature, et plus particulièrement la terre généreuse et fertile, se trouve depuis plusieurs années à la base de sa réflexion conceptuelle. De la représentation des fruits, il a évolué vers une épuration très réfléchie dans laquelle la terre elle-même, contemplée à vol d’oiseau et évoquant les formes géométriques des champs de culture, devient un élément thématique central.
La description formelle est ainsi transcendée, ainsi que le symbolisme jamais superficiel que ses œuvres exubérantes cachaient derrière son « décorativisme » apparent. Il adopte ici un
langage à l’expressivité contenue, basé sur la structure, l’ordre et la sobriété, qui inclut des solutions techniques inédites : les petites compositions géométriques immergées dans un bain de paraffine translucide sont incrustées dans le support en bois et entourées de grandes surfaces argentées, craquelées, produisant un reflet grisâtre. Dans d’autres œuvres, avec ce même fond, il remplace le jeu géométrique des fragments verts, ocres ou rouges par des planches gravées qui s’intègrent harmonieusement à l’ensemble, enrichissant la pièce d’une valeur ajoutée inattendue. En ce sens, l’artiste démontre à nouveau sa parfaite maîtrise de techniques aussi illimitées qu’originales dans le domaine du collage pictural. D’autre part, la recherche de l’équilibre et la simplicité constituent des composantes essentielles de cette étape si intéressante et si pertinente d’une trajectoire en progression constate, animée par l’inquiétude créative et le désir permanent de se surpasser."
Raquel Medina
Critique membre de l’ACCA- AICA - Dr. en histoire de l’art

L’annonce de l’exposition dans le programme culturel de Tanger.