La coopération universitaire à Tanger

Université Abdelmalek Essaâdi

NOTE SUR LA COOPÉRATION AVEC L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
SITE DE TANGER DE L’INSTITUT FRANÇAIS DU MAROC (18/11/2013)


Introduction : Tout comme la coopération éducative avec l’enseignement scolaire marocain, la coopération avec les établissements universitaires du royaume s’impose comme une priorité. Cette coopération relève de deux registres distincts portés traditionnellement par services différents : la coopération universitaire et la promotion du français dans le supérieur. Cette note relative à Tanger vise à réfléchir comment conjuguer ces deux axes.

I. UN PAYSAGE UNIVERSITAIRE COMPOSITE

I.1. Une université en pleine mutation
L’Université Abdelmalek Essaadiest l’université publique de la région Tanger-Tétouan ; elle est implantée sur quatre sites différents : Tétouan, Martil, Tanger et Larache. Elle accueille un nombre croissant d’étudiants, 46 000 en 2012 contre 40 000 en 2011. Elle doit d’abord répondre au défi de la massification.
Son président Houdaifa Ameziane, un économiste, appuie notre coopération mais garde une certaine distance. Héritier d’un opposant à la colonisation et profondément attaché à la cause amazigh.

Leprésident de l’UA, le prof. Houdaifa Ameziane

Tanger accueille des filières à accès régulé (Ecole Nationale de Commerce et de Gestion - ENCG, Ecole Nationale des Sciences Appliquées - ENSA, Ecole Supérieure Roi Fahd de Traduction - ESRFT) et des filières normales (Faculté des Sciences et Techniques - FST, Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales - FSJES). Les relations de Tanger avec la faculté polydisciplinaire de Larache sont facilitées par la proximité et un président délégué, le très brillant Bouchta El Mumni.

Une université ouverte sur le monde : cette université est très présente dans la coopération internationale et a signé des conventions de coopération avec près de quarante autres universités, majoritairement européennes.
Son site permet de mesurer son insertion dans les programmes TEMPUS, ERASMUS Mundus ainsi que dans les projets de recherche bilatéraux.
La coopération universitaire classique se déroule donc normalement de manière quasi autonome. Les problèmes ouverts concernent la professionnalisation de certaines filière et le destin des diplômés.

Pour ce qui est de la place de la langue française à Tanger, rappelons qu’il n’y a pas de faculté de lettres françaises mais des cours de français à l’ENCG et des cours en français à l’ENSA, l’ESRFT. La FSJES accueille un département de droit civil en français.
Le recrutement sélectif des écoles à accès régulé plus la présence d’un corps enseignant de qualité disposant de centres de langues y garantissent un niveau de langue supérieur à la moyenne mais qui mériterait d’être évalué par des certifications.

Dépendant du ministère du tourisme, l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger donne un enseignement de langues de très bon niveau.

Le campus de la faculté de Larache

I.2. Le développement d’établissements d’enseignement supérieur privés

Le nombre de nouveaux établissements privés augmente de manière constante. En matière de commerce HEM-Tanger est intégré au réseau HEM du Maroc et gère directement, comme l’ENCG son enseignement de français. Une école d’ingénieur, le CESIM a ouvert ses portes en octobre 2012 et travaille avec nous pour construire son offre de cours de français.

II. UNE PROMOTION DU FRANÇAIS À CONSOLIDER : LA PERMANENCE DU TROPISME ESPAGNOL

Perceptible, en creux, dans les chiffres concernant le nombre d’étudiants du Nord attirés par les études en France (7% du total marocain), le tropisme espagnol reste fort. Certes la crise économique entraîne une révision des représentations, mais les Marocains du Nord sont plus spontanément attirés par leur plus proche voisin.

Il est vrai que l’Espagne n’a pas lésiné en matière de coopération et de transferts de moyens dans le cadre de projets Nord-Sud. Non seulement des sites culturels ont été restaurés ou aménagés mais des équipements publics ont été construits et des formations assurées. La culture, la santé, l’action sociale et l’enseignement, sans être exhaustif ont bénéficié des crédits européens ou espagnols, du centre madrilène comme des autonomies.

Des cours d’espagnol gratuits sont encore offerts à la FST sur financement espagnol (30.000€ en 2012-2013) et nous venons de recevoir le catalogue des cours d’été que l’Université d’Andalousie offre à l’université Abdelmalek Essaadi.

III. LES ACTIONS MENÉES PAR LE SITE DE TANGER EN 2012-2013 AVEC LES ÉTABLISSEMENTS DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Dans ce contexte, l’institut français de Tanger a développé une politique de coopération avec chaque école ou faculté de la place mais moins sur le terrain linguistique que sur celui du débat d’idées.

III.1. Une convention avec chaque faculté ou école

Nous renouvelons ces conventions de manière annuelle. Elles prévoient l’accès à la médiathèque et à nos activités mais aussi l’organisation de conférences dans les murs des établissements à l’occasion de la venue de conférenciers ou d’auteurs.

III.2. Une action en faveur du débat d’idées et de la culture

La mise en place de l’université citoyenne d’HEM-Tanger, accueillie à l’espace Beckett, comme celle de l’opération franco-allemande « les jeunes pensent » nous ont permis de toucher des étudiants de plusieurs écoles et facultés autour de questions cruciales.
Nous avons aussi établi un partenariat avec le master « Droit et genres » de la faculté de droit qui nous permet d’accueillir les conférenciers européens et de nombreuses rencontres incluant des représentants d’associations et d’ONG impliquées dans ces questions, y compris le CRDH. Le rythme depuis janvier a été bimensuel.

III.3. Donner accès aussi à des activités culturelles

L’Institut de Tanger accompagne les activités de l’ENCG en matière de théâtre et accueille de nombreuses représentations du Festival International de Théâtre universitaire de Tanger.
Nous invitons systématiquement les étudiants et les enseignants de l’INBA de Tétouan à assister aux vernissages de la Galerie Delacroix ainsi qu’aux conférences concernant l’art. Pascal Monteil a animé un séminaire en avril comme en 2012 nous nous étions interrogés sur l’art et le numérique. Les étudiants en traduction (Ecole Roi Fahd) comme ceux des écoles de gestion suivent bien notre action.

III.4. La faiblesse des effectifs étudiants à l’IFT : une remédiation en cours

Cependant si les jeunes sont nombreux à assister aux activités de l’institut peu venaient y prendre des cours. Cela tient à plusieurs facteurs à analyser. À titre d’hypothèses on peut distinguer ceux qui étudient en français et ont souvent accès à un enseignement de qualité (ENCG, ENSA, HEM), de ceux qui bénéficient de l’offre en espagnol (FST), et du plus grand nombre qui n’est pas attiré par ces cours. Nous avons diffusé des tracts dans les établissements tangérois.
L’augmentation des inscriptions en TCF témoigne au printemps d’un retournement de l’attitude des jeunes qu’il faut suivre avec attention et accompagner d’une promotion plus forte encore.
La question de la certification est essentielle. Nous avons entamé le travail de promotion mais cela va exiger des réunions au fil de l’année en fonction des décisions que nous prendrons à ce propos au sein de l’IFM. Nous avons accueilli 610 étudiants le 5 octobre pour la journée Portes ouvertes de Campus France. À la rentrée d’automne 2013 les étudiants passent de 7% à 17% des apprenants de langue, le nombre d’inscriptions aux certifications a encore augmenté (près de 80% d’augmentation en un an). Ce sont des étudiants qui s’inscrivent.
Nous allons approcher tous les établissements à l’occasion de la signature de la convention entre l’IFM et l’université Abdelmalek Essaadi pour tenter d’accroître notre rayonnement.

D’ores et déjà nous développons une offre spécifique de cours intensifs pour les bacheliers destinés à suivre des cours de sciences en français nous verrons si ils trouveront preneurs dans l’année.

Conclusions : Le site de Tanger peut compter sur les ressources d’un agent affecté au bureau de Campus France pour assurer le lien avec les étudiants. Les relations entre l’institut et les écoles et facultés, avec la présidence même de l’université, sont anciennes et solides. Les demandes exprimées par nos interlocuteurs ont parfois concerné des formations en français pour les cadres administratifs, moins souvent pour leurs enseignants et très rarement pour leurs étudiants.

La redéfinition de la mission du site en fonction des objectifs de l’IFM passe par la prise en compte du terrain. Tanger et Tétouan changent certes mais ne sont pas encore comparables aux autres villes du Maroc plus au sud.