La coopération éducative à Tanger 2011-2015

- La carte administrative du Maroc (2015)
Du fait de l’histoire de Tanger et de la zone internationale, le centre culturel français était d’abord tourné vers son environnement immédiat, puis sa direction géra en même temps le centre de Tétouan. Les refontes administratives menées par le gouvernement de Mohamed VI donnèrent un rôle central à Tanger au sein de la région Nord. Je pus suivre ce cheminement en travaillant de près avec le recteur de l’Académie Régionale d’Éducation et de Formation (AREF), M. Benajiba. Pour ce qui est de la politique éducative nationale, voir #politique_ancre

- La région Nord du Maroc
« La nouvelle région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima est l’une des douze régions du Maroc instituées par le découpage territorial de 2015. Elle est constituée de l’ancienne région Tanger-Tétouan et de la province d’Al Hoceima de l’ancienne région de Taza-Al Hoceïma-Taounate. Elle se trouve à la pointe nord-ouest du Maroc, dans la chaîne montagneuse du Rif. Son chef-lieu est Tanger-Assilah.
La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima s’étend sur une superficie de 17 262 km2, représentant 2,43% du territoire national.
Située à l’extrême nord-ouest du Maroc, elle est limitée au nord par le détroit de Gibraltar et la méditerranée, à l’ouest par l’océan atlantique, au sud-ouest par la région Rabat-Salé- Kénitra, au sud-est par la région Fès-Meknès et à l’est par la région de l’Oriental. La région compte deux préfectures Tanger-Assilah et M’Diq-Fnideq et six provinces : Al Hoceima, Chefchaouen, Fahs-Anjra, Larache, Ouezzane et Tétouan.
D’après le recensement général de la population et de l’habitat de 2014, la population de la région est de 3 556 729 habitants, ce qui représente 10,5% de la population totale du Maroc, soit une densité de 206 habitants au km2. »
Ma propension à mener une action éducative me permit d’agir, en accord, avec les services de l’ambassade, de manière concrète, essentiellement sur la formation des maîtres. Les notes jointes témoignent de ces actions qui complétaient l’action culturelle.

- Élèves de Tétouan
NOTE SUR LA COOPÉRATION ÉDUCATIVE
SITE DE TANGER DE L’INSTITUT FRANÇAIS DU MAROC (novembre 2013)
Introduction :
La nécessité d’intégrer la dimension coopérative dans l’action des sites menés par les antennes de l’Institut français du Maroc a été rappelée lors du Conseil d’orientation stratégique du 20 septembre 2012.
Dans le passé, cette action était menée par les attachés de coopération éducative et les attachés de coopération pour le français, soit à partir des Services de Coopération et d’Action Culturelles soit à partir des établissements. Ainsi l’institut français du Nord (Tanger-Tétouan) a pu compter un ACPF-directeur-adjoint à Tétouan ou encore un ACPF installé à Tanger. Il y eut auparavant un BELC pour le Nord du Maroc. Mais on peut dater la fin d’un travail régulier de coopération linguistique à 2007. Le maintien d’un support budgétaire ACPF ne correspondait plus à la mission effective de l’agent en poste.
La dernière restructuration des services, en 2012, conduit donc les sites de l’IFM à prendre en charge, en lien avec l’ACPF responsable du nord du pays, mais installé à Rabat, des missions assurées dans le passé par des personnels dédiés. L’installation à Tétouan au deuxième semestre 2013 d’un agent de droit local « chargé de coopération linguistique et éducative » va consolider le nouveau mode de fonctionnement. Cette note vise, depuis Tanger, à faire un bilan sur les conditions de mise en œuvre de cette action de coopération. Il n’est pas encore possible de mesurer en quoi la nomination d’un nouveau ministre en octobre 2013 va relancer la machine.
I. UNE TRÈS VASTE ET COMPLEXE DÉLÉGATION DE TANGER CONFRONTÉE À LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE
L’Académie régionale d’éducation et de formation de Tanger-Tétouan correspond à la région administrative du même nom.La présentation de 2011 est en ligne.
Elle est composée de sept délégations et couvre 11 570 km2 et accueille une population de plus de 3 millions d’habitants. Les délégations sont très inégalement peuplées et fort hétérogènes : Chefchaouen, Fahs-Anjra, Larache, Ouezzane, Tétouan, M’diq-Fnideq, Tanger-Asilah. La délégation de Tanger-Asylah représente la moitié des effectifs de la délégation.
Entre la campagne et les zones urbanisées les différences sont très grandes. Mais trois données dominent : un taux d’analphabétisme exceptionnel dans la région de Tanger de l’ordre de 65%, la difficulté de scolariser les jeunes à la campagne, le manque d’enseignants.
Les statistiques fournies par l’AREF permettraient une analyse plus fine d’une académie en pleine expansion. À titre indicatif pour mesurer l’ampleur du chantier : « Il est à noter que le budget alloué à l’AREF de Tanger-Tétouan, au titre de l’année 2013, s’élève à environ 958 millions DH dont le budget d’investissement qui est de plus de 765 millions et qui dépasse celui destiné à d’autres académies au niveau national …. Dans ce cadre, l’AREF de Tanger-Tétouan a lancé des travaux de construction de 71 nouveaux établissements scolaires et 26 internats avec un coût global de près de 718 millions DH, alors que l’enveloppe destinée à l’extension des établissements d’enseignement primaire à Ouezzane est de plus de 34,412 millions DH, il s’agit de la création de 18 classes supplémentaires, la construction de deux écoles dans des zones rurales avoisinantes à Tanger et une autre dans la commune rurale de Taghramt. En plus de ces projets, l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (AREF) de Tanger-Tétouan, prévoit aussi la construction de 27 classes supplémentaires dans d’autres établissements d’enseignement collégial et secondaire dans la région, comme elle a destiné un montant de 12,855 millions DH à l’approvisionnement de 92 établissements scolaires en électricité et en eau potable et 48 installations sanitaires ainsi que le remplacement en dur de 28 classes en préfabriqué. Représentant 37% du budget d’exploitation de l’académie, et dans le cadre de la lutte contre l’abandon et l’échec scolaires, le budget alloué au soutien social va permettre à un grand nombre d’élèves dans la région de bénéficier des cantines scolaires, des internats en plus de transport scolaire. » Le directeur de l’académie M. Benajiba a présenté « les priorités du programme d’action pour la rentrée des classes pour l’année 2013, en premier lieu la généralisation de la scolarisation, l’extension de l’offre pédagogique, la mise à niveau des établissements scolaires, le soutien social, la gestion des établissements, des ressources humaines et la gouvernance »..
Notons toujours, pour mesurer l’ampleur des chantiers, qu’il y avait, à la rentrée 2012, et que ces chiffres devraient rester stables :
11 851 instituteurs,
943 professeurs de français (373 en lycée et 570 en collège),
douze conseillers pédagogiques affectés au CeRMEF,
trois inspecteurs dont un basé à Rabat.
Pour la formation initiale le CeRMEF accueillera près de neuf cents stagiaires à la rentrée de novembre 2013 dont près de 600 à Tanger, 200 à Tétouan et 100 à Larache .

- Formation de professeurs de français à la salle Beckett

- Formation de professeurs de français à la salle Beckett (2)
II. DES BESOINS IMMENSES POUR AMÉLIORER L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS
Mener une action de coopération éducative à cette échelle exige de fixer des priorités en conformité avec nos propres moyens.
Les diagnostics sur les sources des dysfonctionnement d’un système éducatif qui, au bout d’un cursus incluant quatorze ans d’enseignement du français, ne produit qu’une infime minorité de jeunes maîtrisant cette langue au niveau B2 sont nombreux : impact de l’arabisation, ambiguïté du statut de LVE dans le secondaire, conditions du recrutement des enseignants (sous-qualifiés), de leur formation professionnelle (insuffisante) et de leur formation continue (quasi nulle), sans parler de programmes officiels en complet décalage par rapport au niveau des élèves. Il s’en suit une attitude assumée où l’on joue avec les faux-semblants. Les enseignants ne sont pas toujours en mesure de traiter les programmes (par exemple l’œuvre littéraire intégrale en cycle qualifiant) faute de formation adaptée et ils doivent le faire face à des élèves incapables de suivre faute d’avoir accumulé les compétences nécessaires. De plus les classes sont surchargées (45 élèves). Les enseignants respectent le curriculum mais surnotent des élèves qui ne supportent plus une discipline perçue comme une LVE obligatoire insupportable. Sur le papier et dans les discours officiels le français est bien défendu. En réalité, en dehors de quelques élèves de la meilleure classe de « Sciences-Maths » dans chaque lycée qui atteignent le B2, le niveau de français est faible (A2). Des enseignants interrogés confirment que la notation du contrôle continu en français lors de la deuxième année de baccalauréat est d’abord destinée à garantir la « paix sociale ».
Nos interlocuteurs pointent tous la nécessité de revoir l’enseignement du français dès le primaire et d’insister sur ce niveau.
Comme il ne nous revient pas de réformer les programmes ni de réviser les recrutements, nous ne pouvons effectivement intervenir que sur la formation ou des opérations de promotion visant à changer le regard sur notre langue. Les « universités » que nos services organisaient, comme la présence d’ACPF ou de conseillers plus nombreux, sont regrettées par nos interlocuteurs. Notons cependant que ces deux dernières années les formations proposées par le site de Tétouan ont été très difficiles à organiser du fait des inerties administratives.
Notre politique de coopération linguistique dans le Nord doit donc redémarrer après des années de recul mais avec des moyens qui ne sont pas extensibles dans un contexte administratif sclérosé. Nous avons choisi à Tanger une action en direction des professeurs de français via un concours et avons entamé avec le CeRMEF une coopération en faveur de futurs enseignants. Le rôle des associations d’enseignants (AMEF et AMALEF) est essentiel.
Il serait assurément souhaitable de travailler à une promotion des certifications de langue pour les scolaires afin de conduire les enseignants à réviser leurs pratiques pédagogiques.
Nous nous heurtons :
au nombre de personnes à atteindre relativement à nos moyens humains,
à l’échelle des délégations mais aussi,
à l’impossibilité d’organiser des « stages de formation » dont le nom même est banni du vocabulaire officiel. Il ne s’agit plus que d’inviter les enseignants à des ateliers les week-ends ou pendant les vacances.

- Lecture lycéenne

- Lecture de lycéens
III. LES ACTIONS MENÉES PAR LE SITE DE TANGER EN 2012-2013 AVEC L’AREF
III.1. Une action de promotion du français et de la lecture : « Le concours du Plaisir de lire »
La collaboration avec l’AREF Tanger-Tétouan et la délégation du ministère de la culture à Tanger a permis la réussite de projets de promotion de la lecture à l’occasion du salon international de Tanger du livre et des arts qui se tient chaque année au printemps. Un concours a été organisé pour la quatrième année, il est destiné aux lycéens et aux collégiens de l’académie (enseignements public et privé).
Projet de promotion du livre et de la lecture, le salon de Tanger des livres et des arts est précédé et accompagné d’un travail pédagogique mené dans les établissements de l’Académie régionale de l’enseignement et de la formation plus les établissements AEFE/OSUI : il débouche sur la mise en place du concours régional du Plaisir de lire. Les quatre ouvrages sélectionnés pour le concours ont été achetés en 720 exemplaires et distribués dans les établissements scolaires ; l’AREF et l’Institut français se sont partagés les frais. Les enseignants ont bénéficié d’une formation en amont organisée dans les sites de Tanger et de Tétouan. Cette formation a eu lieu un week-end pour une quarantaine d’enseignants.
Le concours du Plaisir de lire a permis de mobiliser à la fois trente-six lycées, trente-et-un collèges de l’AREF mais aussi sept établissements privés, soit un total de 2500 élèves (à raison d’une classe par établissement). Les épreuves éliminatoires du concours, en présence des cadres de l’AREF et des principaux sponsors, se sont déroulées devant plus de cinq-cents élèves. Des sélections avaient eu lieu dans chaque délégation. Trois-cent-vingt ouvrages, fournis par les exposants du salon, ont été donnés comme lots aux finalistes du concours ainsi que cinquante à leurs enseignants. Les retards d’organisation imputables à l’administration de l’AREF n’ont pas permis d’augmenter le rayonnement du concours comme voulu. Des réunions de préparation du concours 2014, avec des cadres et des enseignants, sont prévues avant les vacances d’été. Si nous pouvions atteindre les 66 lycées de l’AREF et plus de collèges nous aurions déjà avancé. Nous réfléchissons à un élargissement en direction du premier degré. Nos actions pendant l’année dans la médiathèque de jeunesse, pendant le salon avec le salon des Mille et une lectures et avec la Cigogne volubile permettent de dessiner des pistes.

- Le public du concours du Plaisir de lire

- Le jury du concours du Plaisir de lire
Salon des mille et une lectures : les auteurs, les conteurs ont pu présenter des textes devant un large public : 320 jeunes.
L’installation d’un nouvel espace Jeunesse pendant le salon, avec des animations propres, a complété les ateliers : l’ensemble a compté 2000 auditeurs et apprenants.
III.2. Une action pour toucher le plus grand nombre d ‘élèves : La caravane du Plaisir de lire
Le concours du Plaisir de Lire se révèle un vrai succès mais nous avons souhaité inscrire cette action dans la durée (sur toute l’année scolaire) et mettre en place d’une organisation qui permettrait de toucher un plus grand nombre de jeunes sur le territoire de l’académie, y compris des jeunes non scolarisés. La Caravane du Plaisir est donc la prolongation de l’action du Plaisir de lire et implique d’aller où la promotion du livre est défaillante.
Nous avons eu avec M. Benajiba, le directeur de l’AREF Tanger-Tétouan, et M. El Idrissi, délégué de la culture à Tanger, des réunions très constructives relatives à notre projet de caravane du Plaisir de Lire.

- Remise de prix par le recteur Benajiba
III. 3. Une action de coopération linguistique : former et préparer les enseignants
Concernant le public de l’éducation non formelle nous travaillons avec la délégation de l’AREF de Tanger-Assylah, le GREF et l’association des enseignants retraités marocains.
Les jeunes non-scolarisés, entre 9 et 15 ans, sont pris en charge par des associations et des animateurs-éducateurs (A.E), contractuels de ces associations qui reçoivent une subvention de l’AREF. L’objectif est soit de permettre aux jeunes de réintégrer le système éducatif normal, soit de passer dans des centres de formation professionnelle. Les groupes d’une quinzaine de jeunes de profils extrêmement hétérogènes sont issus de milieux défavorisés et vivent dans des quartiers pauvres. Les A.E sont souvent des licenciés sans formation spécifiques. La remise à niveau des jeunes, notamment en français, passe par celle de leurs enseignants.
D’ores et déjà pour mener à bien ce projet nous avons pris en charge, à Tanger et à Tétouan, en juillet et septembre 2012, la mise à niveau et la préparation des animateurs-éducateurs intervenant dans l’éducation non-formelle (une vingtaine dans chaque site). L’opération est reproduite à Tanger cet été pour 22 animateurs-éducateurs.
Concernant l’enseignement formel
a/ Nous avons co-organisé une formation à Larache avec la délégation de l’AREF et une association d’enseignants (AMEF) sur la lecture de l’œuvre intégrale en classe de français le 30 novembre (60 enseignants).
Puis nous avons organisé à Tanger et à Tétouan des formations relatives aux ouvrages sélectionnés pour le concours du Plaisir de Lire.
b/ nous avons aussi co-organisé, à la demande de l’AREF, une Université régionale de formation d’automne. Avec près de quatre-vingts enseignants présents sur les trois jours cette formation a été une belle réussite (cf. note Audrey Lamou).
Nous tentons aussi de diversifier ces actions de formation continue des enseignants du secondaire. Nous avons aussi organisé une formation pour quinze professeurs du MEN en poste aussi pour une partie à l’institut relativement à des pratiques théâtrales pour les conduire à renouveler leur enseignement.
III.4. Donner accès au livre et assurer la promotion du français
La faiblesse de la lecture des jeunes justifie une large mobilisation et cette action vise à faire connaître les livres et donner le goût de la lecture au plus grand nombre de jeunes.
Concernant le public de l’éducation non formelle
En 2013 : la mise en place d’une Caravane du Plaisir de lire a concerné les élèves de seize groupes d’éducation non-formelle du Grand-Tanger. Ces élèves non scolarisés de quartiers très défavorisés ont été conduits à la médiathèque de l’institut puis au salon pour participer à des animations (350 jeunes concernés).
Le projet sera itinérant : notre objectif est que, à partir de la rentrée, à l’occasion de petites manifestations culturelles organisées à l’intention de jeunes, des animateurs présentent des petites bibliothèques ambulantes, fassent des lectures ou donnent à entendre des livres-lus, présentent des DVD ; ils favoriseront des échanges sur la perception de la lecture, sur les contes et les récits.
A l’occasion de ces visites qui dureront 3 heures par site, des animations, des lectures en français leur soient offertes, ils pourront consulter les livres et différents supports.
Quand le déplacement des jeunes vers les médiathèques des deux instituts de Tanger et de Tétouan ne sera pas possible, c’est le projet qui se déplacera.
Le directeur de l’AREF soutient le projet.
- Concernant le public de l’éducation formelle
Cet automne, le directeur du site de Tanger va rencontrer les délégués de l’AREF afin de leur présenter les conditions de mise en œuvre du concours et de la caravane :
les lycéens et collégiens bénéficieront de visites dans leurs établissements, y compris dans les zones rurales mais sans pouvoir trop s’éloigner de Tanger,
les classes d’éducation non-formelles auront droit au même dispositif. L’objectif sera d’en atteindre plus d’une vingtaine autour de Tanger.
Enfin la création de sections internationales au lycée Moulay Youssef a déjà permis une rencontre d’élèves et la mise en place d’un partenariat triangulaire avec le lycée Régnault.
III.5. Agir pour la formation initiale des enseignants : coopération avec le CeRMEF
Après une rencontre en octobre avec le directeur du CeRMEF et grâce à l’entregent du responsable des formations en français du centre qui travaille aussi à l’institut de Tanger, nous avons examiné les besoins et pu organiser
deux formations dispensées en 2012 : - Pratiques théâtrales et – Module « Corps et voix » (voir le compte rendu),
Nous préparons la poursuite de la formation à destination des élèves – professeurs du CRFME (Centre de formation aux métiers de l’enseignement) avec un plan de formation est en cours d’élaboration pour 2013.
Des institutrices du privé viennent aussi régulièrement faire des stages d’observation dans nos classes d’enfants.
Conclusions :
La volonté de relancer la coopération éducative et linguistique, justifiée au regard des enjeux, se heurte à la complexité et à l’immensité du terrain. Les agents de la médiathèque de Tanger et les responsables culturels, les enseignants en CDI dans une moindre mesure, ont, jusqu’à présent contribué à ces actions de coopération. Nous faisons appel à des compétences extérieures à l’IFT pour les séminaires dans la moitié des cas. Les moyens dévolus par l’IFM pour la coopération linguistique nous permettent de financer ces opérations. Mais les limites sont celles du personnel et du temps. Le travail de coordination de l’action en direction des établissements scolaires est pris en charge par la médiathèque. Mais ce travail s’ajoute aux autres tâches habituelles. Nous ne pouvons pas aller beaucoup plus loin que ce qui est annoncé. Conjuguer les calendriers des examens, des formations de nos propres enseignants et celui d’interventions ou d’ateliers avec les enseignants du MEN, alors que tout se passe les week-ends, est très difficile. Nous devons faire des choix réalistes. La coordination assurée depuis Tétouan permettra de mieux nous organiser sans que nous puissions espérer couvrir tout le territoire ou tous les enseignants.
LA NOTE SUIVANTE :

- Discours du trône 2015
COMMENTAIRES DU 5 SEPTEMBRE SUR LE DISCOURS ROYAL DU 20 AOÛT 2013
Quel est le sens de ce discours ? Quelle en est la portée ?
Le sens peut en être élucidé à plusieurs niveaux, j’en retiendrai trois : relativement à la position du roi dans la constitution mise en place en 2012 et qui donne au gouvernement, représentant une majorité parlementaire, la responsabilité de l’exécutif ; relativement à l’histoire complexe des réformes éducatives depuis le début du règne de M.VI ; relativement à la crise de légitimité de l’été 2013 avec l’affaire Galvan.
La constitution prévoit un fonctionnement autonome de l’exécutif. Cependant le souverain n’a absolument pas abandonné le terrain et pas seulement sur des questions strictement régaliennes. On l’a vu quand le ministre de la communication a été dessaisi des cahiers de charges de la télévision au profit du ministre de l’équipement en 2012. Il y a à la fois un travail de fond des conseillers du Roi -cabinet bis- et l’affirmation annuelle de la présence royale dans le champ politique. La relation entre le gouvernement PJD et le roi est fondée sur une défiance certaine. Les interventions royales correspondent à des dates symboliques et sont empreintes de la solennité qui sied à la parole du Commandeur des croyants.
L’été 2012 avait été marqué par des interventions royales virulentes en matière de la lutte contre la corruption ; il avait court-circuité les ministères pour entamer un grand nettoyage dans les services de la police, de la gendarmerie royale et des douanes. Message : quand le roi s’en mêle c’est efficace.
L’année 2013 est marquée par ce discours sur l’éducation et la formation professionnelle. Le roi affirme qu’il reste proche des soucis quotidiens des Marocains, et il se pose ainsi en garant de la justice et de la protection de ses sujets.
Dans ce contexte le texte du discours royal n’est pas arrivé par hasard, le chef du gouvernement avait affirmé fin mars que la réforme de l’éducation était « une priorité fondamentale du gouvernement ». Il remettait en cause nettement la politique menée avant lui, donc celle que le roi avait soutenue. Puis au début du mois de juin la contestation syndicale de la politique gouvernementale, avec appel à la grève, manifestait la fin d’une trêve et la fragilisation du ministre. La sortie de l’Istiqlal de la coalition gouvernementale en juillet aurait dû se traduire par la démission du ministre de l’éducation El Ouafa. Refusant de démissionner, ce dernier a été mis à l’écart par l’Istiqlal ; il a néanmoins poursuivi l’audit du plan d’urgence qui est très critique et l’a diffusé au Parlement. La nomination d’un nouveau président du conseil supérieur de l’éducation en août a confirmé l’investissement royal sur ce terrain : le successeur de Meziane Belfkih est Omar Azziman un poids lourd politique et un universitaire.
Dans ces conditions nous sommes sur le terrain d’un conflit constitutionnel central.
Ce qui a accéléré et accentué l’intensité de la communication autour du discours royal est un évènement conjoncturel, mais de grande importance : la grâce du pédophile Daniel Galvan. La crise entraînée par cette grâce a été brutale et sans précédent ; le roi a dû revenir sur sa décision. La remise en cause de son "autorité" -l’auctoritas relève d’une dimension sacrée- a conduit à utiliser ce "momentum" pour présenter le roi comme un parent partageant les soucis de tous parents et tenter de regagner de la confiance. Le chef du gouvernement n’est pas monté au créneau mais deux ministres PJD ont réagi pour défendre leur action. C’est une première.
Mais quelle est la portée réelle de ce discours sur la réforme nécessaire de l’enseignement au Maroc, et plus précisément sur la place du français dans l’enseignement ? Au-delà du jeu politicien bien décrit dans un article récent, il est difficile d’apprécier ce qui peut bouger.
Voir aussi un autre article dans Au fait Maroc.
Le ministre El Ouafa va être débarqué et après ? Honnêtement il est difficile d’être optimiste, l’appareil administratif de ce ministère est occupé par différentes strates de fonctionnaires attachés à des réseaux politiques, syndicaux et familiaux qui ont tenu les responsabilités gouvernementales au fils des années. Les réformes se heurtent systématiquement à des luttes au sein de ces groupes. La volonté royale a montré ses limites.
La place du français dans le secondaire et dans le supérieur n’est pas renforcée pour autant. Les rumeurs courent mais les partisans de l’arabisation sont nombreux du Mouvement du 20 février à l’Istiqlal et au PJD. Le dernier numéro de Zamane en fait l’histoire. Les groupes de pression fonctionnent bien. Des partisans de l’arabisation jouent la carte du développement de l’enseignement de l’anglais. Ceux qui souhaiteraient, de manière pragmatique, promouvoir un enseignement élémentaire dans la langue maternelle, le darija, sont considérés comme des ennemis de la religion.
Les directeurs d’AREF et les cadres vont continuer à privilégier la construction immobilière et le développement des infrastructures sur la transformation des contenus, sujet trop sensible.
Pour l’heure c’est donc plutôt la désorganisation qui l’emporte dans l’attente du remaniement ministériel et des nouvelles directives.
Exemple immédiat : faute de définition claire des objectifs, les CeRMEF ont ajourné le recrutement des futurs enseignants de septembre 2013 à novembre 2013 et ils resteront donc inactifs. À ma connaissance cela concerne 8000 recrutements pour 170 000 candidats. Un trimestre perdu pour notre programme de coopération.

- Les adieux à l’AREF, juillet 2015

